À partir du moment où je ne crois plus à une matière indépendante de la conscience, une évidence s’impose.
Ma pensée crée ma réalité.
Cette phrase est souvent mal comprise. On imagine aussitôt la pensée positive, la méthode Coué ou une recette de développement personnel à la Jimmy Yuth.
Ce n’est absolument pas ce que je veux dire.
Je parle de la pensée au sens le plus large. La pensée est ce par quoi le monde se constitue. C’est le Verbe créateur dont parle la Bible. C’est aussi le logos spermatikos des philosophes stoïciens : le Verbe fécond, le Verbe qui insémine le monde.
Ta vie est le miroir de tes pensées. Si elle ne te plaît pas, change tes pensées.
En relisant Descartes, je me suis aperçu que son célèbre Cogito, ergo sum – « Je pense, donc je suis » – pouvait être prolongé dans une idée logique plutôt que chronologique
Cogito quia sum.
Je pense parce que je suis.
Puis une autre formulation s’est imposée.
Cogitamus quia sumus.
Nous pensons parce que nous sommes.
Je ne constitue pas le monde tout seul.
Je participe à une conscience intersubjective.
Nous constituons ensemble la réalité que nous partageons.
C’est sans doute pour cela que le soleil se lève tous les matins.
Nous le maintenons.
Cette idée paraît extravagante. Pourtant, certaines traditions célèbrent chaque matin le lever du soleil par des rites. Nous regardons souvent ces gestes avec condescendance, comme si le soleil se levait de toute façon. Mais je me demande si ces peuples n’avaient pas compris quelque chose que nous avons oublié : non pas qu’ils faisaient lever le soleil à eux seuls, mais qu’ils participaient consciemment à l’ordre du monde.
J’aime cette idée.
Une manière de participer consciemment à ce que nous constituons déjà. La conscience constitue le monde et accompagne l’expérience de celui-ci.
Nous récoltons à chaque instant le salaire de nos pensées.
Cette phrase ne signifie pas que chacun est coupable de ce qui lui arrive.
Elle signifie qu’il n’arrive à un être que ce qui lui ressemble.
La culpabilité enferme. La ressemblance révèle.
Je ne regarde plus la réalité comme quelque chose qui m’arrive.
Je la regarde comme quelque chose que je me donne.
