Dans La Vie des Maîtres, Jast répond à l’un des membres de l’expédition qui s’interroge sur les pouvoirs extraordinaires des maîtres :

« Vous avez parfaitement raison. Tout vient de la conscience de l’homme. Selon ce qu’il pense, il est limité ou illimité, libre ou esclave. Croyez-vous que les hommes que vous avez vus marcher hier sur la rivière pour éviter notre détour fastidieux soient des créatures spéciales et privilégiées ? Non, ils ne diffèrent en rien de vous par leur création, et n’ont pas été doués d’un atome de pouvoir de plus que vous. Ils ont simplement développé leur pouvoir divin par le bon usage de leur force de pensée. Tout ce que vous nous avez vu faire, vous pouvez le faire aussi dans la même plénitude et la même liberté, car tous nos actes sont en harmonie avec une loi précise dont chaque être humain peut se servir à volonté. »

Cet extrait m’a marqué. Dans mon troisième rêve, je n’assiste plus à une téléportation. Je l’opère. Je décide de sortir de la calèche en me retrouvant directement de l’autre côté du précipice. Et cela fonctionne. Je ne sais pas comment. Je constate simplement que ma volonté ne rencontre aucun obstacle. Si certaines voies de l’être demeurent impénétrables, je constate cependant qu’il agit toujours avec des moyens parfaits.

Puis une évidence s’est imposée. Le moindre doute annule la volonté. André Moreau appelle cela la nolonté. Ce mot exprime exactement ce que j’observe. Je peux en faire une équation :

1 % de doute = 100 % d’échec.

Le doute ne ralentit pas la volonté. Il l’annule.

Je retrouve cette intuition dans un épisode de l’Évangile selon Matthieu. Lorsque Jésus marche sur les eaux, il invite Pierre à le rejoindre. Pierre marche à son tour, puis il doute. Il s’enfonce. Jésus lui dit alors : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Je trouve cette scène extraordinaire. C’est peut-être le seul véritable mode d’emploi du miracle qui nous soit parvenu. Le doute ne sanctionne pas. Il produit la limite. Nous vivons entourés de limites que nous avons nous-mêmes constituées et que nous continuons à maintenir.

Mon expérience de la téléportation est bien réelle. Elle s’est produite dans un rêve. Son caractère onirique ne lui enlève rien. On me dira que j’étais seul à vivre cette expérience. C’est vrai. Dans un rêve, j’en suis le seul témoin. On me répondra qu’un véritable miracle serait de marcher réellement sur l’eau. Je ne suis pas certain que la différence soit aussi grande. Dans le rêve, ma volonté demeure entière. Dans la réalité quotidienne, elle rencontre immédiatement la nolonté. Elle rencontre aussi la conscience intersubjective. Nous partageons une même représentation du monde. Nous entretenons ensemble les mêmes limites.

Pour qu’un miracle devienne un fait reconnu, il ne suffit peut-être pas qu’un seul y adhère. Il faut que toute une conscience commune l’accueille. Je pense aux noces de Cana. Le miracle ne tient peut-être pas seulement à Jésus. Il tient aussi à la puissance avec laquelle sa présence entraîne tous ceux qui l’entourent dans une nouvelle possibilité. Sa volonté devient contagieuse. Tout le monde participe alors à une même réalité. On pourra appeler cela foi, charisme, hypnose ou autrement. Le mot importe peu.

Je comprends alors que le rêve est le moteur de la réalité. Tout commence par lui. Il paraît moins tangible que notre vie quotidienne. Pourtant, il participe déjà à la constitution du monde que nous habitons.