Cette photographie de la pleine lune du Cerf, envoyée par Laurence, a fait naître en moi une intuition. Elle m’a évoqué ce que pourrait avoir été ma première image terrestre : un long passage obscur au bout duquel apparaît une lumière paisible et bienveillante. Je n’en ai évidemment aucun souvenir, mais cette représentation me semble être celle de notre arrivée dans l’existence terrestre.

Cette image fait immédiatement écho aux nombreux témoignages d’expériences de mort imminente. Là encore, les récits décrivent un tunnel, une lumière apaisante, la sensation de quitter son corps et le choix d’aller plus loin ou de revenir. J’y reconnais non pas deux phénomènes différents, mais une seule et même réalité. Ce que nous appelons naissance et ce que nous appelons mort présentent une structure identique : ce sont deux passages que nous interprétons différemment parce que l’un ouvre notre existence terrestre et que l’autre semble la refermer.

La lumière qui attire l’enfant hors de l’utérus, la lumière qui surgit de l’ombre et la lumière décrite dans les expériences de mort imminente participent d’une même réalité constituée. Nous avons simplement orienté notre regard vers l’un de ses aspects, celui que nous appelons la fin, en l’érigeant arbitrairement en rupture, en source d’angoisse et de questionnement. Pourtant, ce que nous appelons la mort est peut-être une naissance, comme l’est déjà notre venue au monde terrestre.

Notre être, lui, ne connaît ni commencement ni fin. Il ne fait que se manifester selon des modalités différentes. La naissance et la mort n’appartiennent qu’au point de vue terrestre ; elles ne sont pas des propriétés de l’être lui-même. La mort est une abstraction hypostasiée qui découpe artificiellement le flux continu de l’être. Je relativise l’absolu. Ce qui nous apparaît comme une rupture radicale n’est peut-être, dans la continuité de l’être, qu’une naissance de plus. Nous ne faisons peut-être jamais l’expérience de la mort ; nous ne faisons qu’expérience de naissances. J’y vois une compréhension profondément apaisante, parce qu’elle restitue à l’être son éternité et sa continuité.