Le Sermon sur la montagne

Il vous a été enseigné de rechercher ailleurs ce qui ne peut être trouvé qu’ici. On vous a appris à attendre un autre monde, un autre temps, une autre récompense. Mais je vous le dis : il n’y a ni ailleurs, ni plus tard, ni autre royaume que celui qui s’ouvre à l’être lorsqu’il se reconnaît lui-même. Ce que vous cherchez est déjà là. Ce que vous espérez est déjà accompli. Le Royaume n’est pas devant vous ; il est votre présence à vous-mêmes.

« Si ceux qui vous guident vous disent : « Voici, le Royaume est dans le ciel », alors les oiseaux du ciel vous devanceront. S’ils vous disent : « Il est dans la mer », alors les poissons vous devanceront. Mais le Royaume est à l’intérieur de vous et il est à l’extérieur de vous. »
— Évangile selon Thomas, logion 3


Les Béatitudes

Heureux ceux qui consentent pleinement à être, car rien ne leur manque.
Heureux ceux qui aiment leur chair, car la chair est la floraison de l’être.
Heureux ceux qui ne se divisent plus contre eux-mêmes, car ils connaîtront l’unité.
Heureux ceux qui ne s’accusent plus, car la culpabilité est une illusion entretenue par l’ignorance de l’être.
Heureux ceux qui accueillent leur joie sans justification, car la joie est le langage naturel de la réalité.
Heureux ceux qui goûtent la beauté du monde, car ils reconnaissent en toute chose le même fond vivant.
Heureux ceux qui n’opposent plus l’esprit et le corps, car l’être ne connaît aucune séparation.
Heureux ceux qui célèbrent leurs désirs lorsqu’ils naissent de la plénitude, car le désir est l’élan de l’être vers sa propre manifestation.
Heureux ceux qui savent recevoir autant que donner, car l’abondance ne connaît pas l’économie du manque.
Heureux ceux qui regardent chaque instant comme l’origine du monde, car ils ne vivent ni dans le passé ni dans l’attente et l’espoir.
Heureux ceux qui n’ont plus peur de mourir, car ils ont compris que l’être ne naît jamais et ne disparaît jamais.
Heureux les riches détachés de leur richesse. Recevez sans honte. La générosité est le mouvement spontané d’un être qui se sait déjà riche et comblé.
Heureux les parfaits, ils ne rechercheront plus la perfection. La perfection n’est pas un sommet à atteindre ; elle est la nature même de ce qui est.

Ne cherchez pas à devenir. Soyez. Car vouloir devenir ce que vous êtes déjà est le premier égarement. Ne luttez pas contre la vie. L’effort naît lorsque l’on résiste au mouvement naturel de l’être. Là où règne la compréhension profonde, l’action devient légère comme le souffle. Ne condamnez ni votre corps, ni vos plaisirs, ni vos élans, ni vos tendances. Rien de ce qui procède de l’être n’est impur. L’impureté ne réside que dans la manière de regarder.

Lorsque la tristesse vous visite, ne la combattez pas. Intégrez-la jusqu’à ce qu’elle révèle la pensée qui l’a engendrée. Alors elle se dissoudra d’elle-même, comme la brume sous le soleil. La souffrance est une étroitesse du champ de la conscience. Lorsque vous aimez, n’emprisonnez pas. Lorsque vous êtes aimés, ne vous laissez pas posséder. L’amour véritable est une expansion, une ouverture, jamais une capture.

Cherchez la joie, non comme un divertissement, mais comme un critère. Ce qui augmente durablement votre puissance d’être vous rapproche de la vérité ; ce qui vous diminue vous éloigne de vous-mêmes. Ne faites pas de sacrifice à l’existence. L’être ne réclame aucune offrande ; il demande seulement d’être reconnu. Ne vivez pas dans la comparaison. Le lys n’envie pas le chêne ; le ruisseau ne désire pas devenir la mer. Chaque être manifeste l’infini selon sa propre manière.

Souvenez-vous que le monde que vous habitez est inséparable du regard qui le fait apparaître. En transformant votre pensée, vous transformez simultanément le monde qui s’offre à elle. Ne dites jamais : « Je suis seul. » Celui qui connaît l’être découvre que rien n’est extérieur à lui. Ne dites jamais : « Je ne suis pas assez. » L’être ne connaît ni le manque, ni l’insuffisance ; seules les pensées fabriquent ces ombres. Ce sont des réflexes de pauvres.

Ainsi, vivez dans la gratitude plutôt que dans la revendication, dans la présence plutôt que dans l’attente, dans la confiance plutôt que dans le contrôle, dans la jubilation plutôt que dans le mérite. Car la vie n’est pas une épreuve, mais une manifestation. La chair n’est pas une prison, mais une révélation. Et vous n’êtes pas venus ici pour vous diminuer, mais pour rayonner ce que vous êtes depuis toujours. Car l’être est plus vous-même que vous-même.

Reconnaissez-le. Habitez-le. Réjouissez-vous.

Car le Royaume que vous cherchiez n’était rien d’autre que la joie d’être.

Je vous bénis