En fait, cette nuit-là, je n’ai pas fait un rêve. J’en ai fait trois. Ce n’est que plus tard que je me suis aperçu qu’ils étaient liés. Sur le moment, je les avais pris comme trois rêves complètement différents.
Le premier commence dans un appartement. Je suis au septième étage d’un immeuble, appartement 730. On passe une soirée avec des amis. Il y a Jérém et son fils Jacob. Jacob est très, très vif. Malgré sa toute petite taille, il a déjà un comportement d’adulte. Il me fait penser à Kirikou. On passe vraiment une agréable soirée.
À un moment, Jérémie me propose de partager un joint de cannabis. Et puis… je me retrouve assis sur un banc, à une table de pique-nique. J’ai la tête posée sur mes bras, comme si je venais de dormir. Je relève la tête et je comprends que je ne suis plus dans l’appartement. Je suis là, à l’extérieur.
Sur le moment, cela ne m’étonne pas. Dans les rêves, il se passe plein de choses un peu bizarres. On est dans une réalité non ordinaire. Je n’y vois rien d’exceptionnel.
C’est alors que Laurence arrive. Je lui dis : « Tiens, c’est marrant. Il y a très peu de temps, j’étais encore dans l’appartement. » Elle me répond : « Mais on n’est pas le matin. Il est déjà dix-sept heures. »
Là, je comprends qu’il ne manque pas seulement un déplacement. Il manque aussi du temps. J’ai changé de lieu. J’ai changé d’espace. Quelque chose manque. Je suis incapable de l’expliquer. Et pourtant, cela ne m’inquiète pas.
À ce moment-là, tout s’éteint. Vraiment. Comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur. Plus rien. Puis, d’un seul coup, tout se rallume.
Je suis sur l’esplanade d’une immense cathédrale.
Le ciel est orange. Pas un orange de coucher de soleil. Un orange brut. Comme une couche d’acrylique posée d’un seul geste. Ce n’est presque plus un ciel. C’est une toile de fond.
Au milieu apparaît un cercle en deux dimensions. On dirait un soleil dessiné par un enfant, avec des volutes à l’intérieur. De chaque côté, des formes aux couleurs de l’arc-en-ciel ondulent. Pas des arcs. Plutôt des courbes vivantes, comme des dragons.
Je regarde la rosace de la cathédrale. La lumière la traverse et descend sur l’esplanade comme un immense projecteur. Les gens autour de moi sont émerveillés. Moi aussi. Il y a quelque chose de très joyeux. Très puissant. C’est ce rêve qui m’a le plus marqué.
Puis vient le troisième.
Je suis dans une calèche. À un moment, elle s’arrête au bord d’un précipice. Je veux sortir, mais il n’y a qu’une seule porte. Et cette porte donne directement sur le vide. Si je sors, je tombe.
Alors je me dis, tout simplement : « Je vais me téléporter. »
Et je me retrouve de l’autre côté de la calèche, sur la terre ferme.
C’est aussi simple que ça.
Là encore, cela ne m’étonne pas.
Au réveil, c’est pourtant le deuxième rêve qui reste en moi. Ce ciel orange. Cette lumière. Cette beauté. C’est lui qui me donne envie de raconter ma nuit à Laurence.
Et c’est seulement en racontant ces trois rêves que quelque chose apparaît.
Je m’aperçois que le premier rêve parlait déjà de téléportation.
Le troisième aussi.
Je les avais vécus.
Je ne les avais pas vus.
