Ce matin, j’ai ouvert La Petite Voix d’Hélène Caddy et je suis tombé sur la méditation du 1er juillet.
« Un puzzle éparpillé sur toute la surface d’une énorme table me fut montré. Tandis qu’il était assemblé, je constatais que chaque pièce se mettait à sa juste place. J’entendis les mots : “Lorsque tu es à ta place et que tu joues ton rôle particulier, il ne peut y avoir aucun conflit et mon plan peut se déployer en une véritable perfection.” »
Cette image du puzzle m’a immédiatement frappé. Elle m’a donné une clé de lecture du Tout comme d’un puzzle.
Je pourrais appeler cette représentation le puzzle cosmique.
Le puzzle cosmique est l’ensemble de mon univers. Il comprend aussi bien ce que j’appelle le monde physique que mes relations, mes sentiments, mes pensées, mes idées, mes joies, mes peines, mes désirs, mes souvenirs et mes rêves .
Rien n’en est exclu.
Tout ce qui se présente à ma conscience constitue une pièce de ce puzzle.
Je parle bien de mon univers. Non pas parce qu’il serait séparé de celui des autres, mais parce que chacun voit le tableau depuis la place unique qu’il occupe.
Deux personnes peuvent regarder le même paysage sans voir le même monde. Elles auront devant elles les mêmes pièces, mais elles ne composeront pas nécessairement le même tableau. Certaines pièces attireront leur attention, d’autres passeront inaperçues, d’autres encore seront volontairement écartées.
C’est là que naît, selon moi, notre difficulté fondamentale.
Nous ne regardons jamais réellement le puzzle dans son ensemble. Nous décidons que certaines pièces ne devraient pas exister. Nous les condamnons, nous les ignorons ou nous tentons de les remplacer par d’autres qui nous conviendraient davantage.
Dès cet instant, nous ne regardons plus le tableau ; nous regardons une version corrigée du tableau.
Or un puzzle n’est un tableau que lorsqu’il est complet.
Il suffit qu’une seule pièce manque pour que l’ensemble perde son intelligibilité. Nous pouvons bien imaginer ce qui manque ou supposer ce qui devrait s’y trouver, mais nous ne contemplons plus le tableau réel.
Cette idée rejoint celle de la théodicée de Gottfried Wilhelm Leibniz, qui affirme que le monde réel est le meilleur de tous les mondes possibles. Sauf que dans mon cas je n y vois aucune transcendance.
Le monde est donc juste et parfait.
Le monde n’est pas nécessairement juste au sens où l’entend la morale. Ici je ne parle pas de justice mais de justesse. En revanche, je fais l’hypothèse qu’il est parfaitement juste au sens où chaque pièce occupe exactement sa place dans la totalité. Comme une note dans une symphonie ou une couleur dans une peinture, chaque élément participe à une cohérence qui ne peut apparaître qu’à celui qui accepte de voir l’ensemble.
Cette première intuition m’amène à une affirmation simple : je fais moi-même partie du puzzle.
Je ne suis pas placé devant lui comme un observateur extérieur chargé de le juger.
Je suis une de ses pièces. Mon corps est une pièce. Ma personne est une pièce. Mon histoire est une pièce. Mes rencontres sont des pièces. Mes erreurs également.
Mais, simultanément, ce que je suis ne se réduit pas à cette seule pièce. Mon être embrasse également la totalité du tableau. En tant que personne, j’occupe une place singulière dans le puzzle ; en tant qu’être, je suis inséparable de la totalité qui lui donne son sens.
C’est pourquoi je refuse l’idée selon laquelle il faudrait aller chercher une vérité cachée derrière les apparences.
« Méfiez-vous des apparences, car elles ne sont pas trompeuses », souligne le philosophe André Moreau.
Il n’existe pas, derrière le puzzle, un second puzzle plus profond qui contiendrait enfin la vérité.
Il n’y a pas un monde visible qui masquerait un monde invisible plus réel.
Le tableau est devant nous, composé de visible et d’invisible. Son aspect relatif est baigné d’absolu.
Tout est déjà donné. Il ne manque rien au réel.
Ce qui manque, le plus souvent, c’est notre consentement à regarder le tableau sans retrancher une seule pièce.
C’est à partir de cette évidence que commence toute ma réflexion.
