Cette histoire repose sur une idée simple et radicale :
l’Être ne se constitue pas par accumulation, mais par embrasement.
Le bois mort et les casseroles ne sont pas des obstacles à dépasser ni des énigmes à résoudre. Ils sont ce qui est donné dans l’expérience ordinaire : les aperçus mondains, ce que l’on voit, ce que l’on vit, ce que l’on traverse, ce que l’on traîne, ce qui « arrive ».
Le bois mort représente l’ensemble des représentations du monde : les faits, les situations, les images, les pensées, les événements tels qu’ils apparaissent. C’est le monde tel qu’il se donne, déjà là, toujours présent. Ce bois est dit « mort » non parce qu’il serait inutile, mais parce qu’il appartient au registre de ce qui est déjà là, déjà vu, déjà constitué.
Les casseroles sont de même nature. Elles ne sont pas autre chose que du bois mort sous une autre forme. Elles sont les petites histoires, les affects, les souvenirs personnels, les expériences intimes, ce que le langage populaire appelle justement « traîner ses casseroles ». Elles font partie du même registre : celui des aperçus mondains, mais dans leur version plus affective, plus émotionnelle.
Bois mort et casseroles ne sont donc pas deux réalités différentes.
Ils sont deux figures d’un même donné : ce qui est là, ce qui apparaît, ce qui s’impose à nous.
L’erreur consisterait à vouloir connaître ce donné.
Connaître, ici, signifie regarder, analyser, classer, interpréter, cumuler. C’est traiter l’être comme un vase qu’il faudrait remplir de compréhension, d’histoire, de sens. Mais remplir un vase ne produit rien de vivant. Cela alourdit, cela fige.
Il ne sert à rien de se connaître.
La connaissance de soi reste au niveau du bois mort. Elle décrit, elle empile, elle explique, mais elle ne transforme pas.
Ce qui importe, ce n’est pas la connaissance de soi, mais l’invention de soi.
Et cette invention ne se fait pas en dehors de ce qui est là. Elle se fait avec le bois mort, avec les casseroles, mais à condition de changer complètement de posture. Il ne s’agit plus de cumuler ni d’interpréter, mais d’embraser et d’improviser.
Allumer le feu, c’est investir les représentations mondaines de son être.
C’est faire passer ce qui est mort dans un acte vivant.
Improviser avec les casseroles n’est pas une technique musicale particulière, c’est le geste même de l’invention de soi.
Improviser, c’est jouer avec ce qui est là sans chercher à le juger, à le hiérarchiser, à le comprendre moralement. Une casserole n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est disponible.
Allumer le bois mort et improviser sur nos casseroles sont un seul et même acte : un acte flamboyant, risqué, chaleureux, par lequel l’être se donne à lui-même.
Si la philo vous interresse voici quelques conférences du philosophe Jovialiste André Moreau :
