Un matin, en ouvrant la porte de sa maison, Bhogy découvrit devant elle quelque chose d’inattendu. Juste là, sur le sol, se trouvaient deux choses qui n’étaient pas là la veille : un grand tas de bois sec, un vieux hêtre coupé en morceaux, et, à côté, un tas de casseroles.
Le bois était ancien, clair, parfaitement sec. Les casseroles étaient nombreuses, de toutes tailles et de toutes formes. En s’approchant, Bhogy eut une impression étrange : elle connaissait ces casseroles. Certaines venaient de cuisines d’autrefois, de chez ses parents ou de chez sa grand-mère. D’autres étaient celles qu’elle avait utilisées elle-même. D’autres encore étaient simplement des casseroles qu’elle avait vues un jour, dans des magasins, sans jamais les acheter. Elles semblaient rassembler des fragments de sa vie.
Elle observa l’ensemble sans inquiétude particulière. En fouillant dans le tas de bois, elle trouva deux bâtons bien droits, secs et légers. Elle les prit et se mit à frapper sur les casseroles. Les sons résonnèrent aussitôt : des bruits métalliques, parfois forts, parfois sourds. Elle tapa sur certaines casseroles plus que sur d’autres, en négligea quelques-unes. Rien de particulier ne se produisit. Les sons restaient ce qu’ils étaient : des bruits de casseroles. Elle s’arrêta.
Le temps passa. Les casseroles restaient là. Peu à peu, Bhogy remarqua que le tas de casseroles semblait grossir. De nouvelles apparaissaient sans qu’elle sache d’où elles venaient. Elles prenaient de plus en plus de place. Cette situation finit par la préoccuper. Elle eut le sentiment qu’elle ne pouvait pas laisser les choses ainsi, qu’elle devait agir.
Le tas de bois, lui, restait à peu près le même. Il ne grossissait pas et ne diminuait pas. Il était toujours là, disponible.
Un jour, Bhogy prit une allumette. Elle empila le bois et alluma un feu. Le hêtre sec s’embrasa rapidement. Les flammes montèrent, régulières et chaudes. Elle resta un moment devant le feu, sensible à la chaleur et à la lumière.
Puis elle se leva, prit ses deux bâtons et retourna vers les casseroles. Cette fois, elle se mit à jouer autrement. Elle ne cherchait rien de précis. Elle laissait venir les gestes. Elle improvisait, pendant que le feu brûlait à côté d’elle.
Alors quelque chose changea.
Certaines casseroles, jusque-là négligées, se mirent à résonner d’une manière nouvelle. D’autres, qu’elle croyait importantes, passèrent au second plan. Les sons commencèrent à se répondre. Une harmonie apparut.
Elle continua de jouer ainsi. Le feu brûlait. Le bois semblait toujours disponible. Les casseroles vibraient ensemble, et une musique se formait, claire et continue.
Elle essaya ensuite de rejouer sans improviser, en contrôlant ses gestes : rien ne venait.
Elle tenta d’improviser sans le feu : l’harmonie disparaissait.
Ce n’est que lorsque le feu brûlait et qu’elle improvisait que l’harmonie pouvait apparaître.
En jouant ainsi, Bhogy reconnut quelque chose dans cette harmonie. Ce qu’elle reconnut lui ressemblait. C’était sa mélodie.
Elle resta là, improvisant sur les casseroles, tandis que le feu continuait de brûler et que l’harmonie se déployait.
Que raconte cette histoire de bois et de casseroles ?
Si la philo vous interresse voici quelques conférences du Philosophe Jovialiste André Moreau :
