Vous qui soignez les corps, vous touchez chaque jour la frontière entre la vie et la mort, entre la douleur et la tendresse. Vos mains pansent, mais elles savent aussi caresser. Elles connaissent déjà la vérité de la chair — cette vérité que tant d’autres redoutent : que le corps, même souffrant, demeure digne d’amour.
Mais il y a, dans vos gestes, une retenue morale, un interdit tacite qui vous fait demeurer du côté de la blessure. Vous êtes autorisées à approcher le corps malade, jamais le corps vibrant. Vous pouvez toucher la chair torturée, mais non la chair désirante.
Et pourtant, dans le secret de votre être, vous aimez les corps — vous le savez. Vous aimez leur chaleur, leur odeur, leur puissance silencieuse. Vous aimez les corps vivants, sains, épanouis, joyeux.
Et c’est cette joie que je viens rappeler à votre mémoire. Vous aimez le corps parce qu’il est le lieu de la présence. Vous aimez la chair parce qu’elle est vérité. Vous aimez la peau parce qu’elle ne ment pas. Alors pourquoi vous priver du corps heureux ? Pourquoi refuser le vivant sous prétexte de morale, quand c’est lui qui vous appelle, quand c’est lui qui vous guérit, vous aussi ?
Je vous parle non pour vous détourner de votre soin, mais pour en révéler la profondeur. Car le soin véritable n’est pas seulement la réparation, il est aussi la célébration. Ce n’est pas seulement soulager la douleur, c’est honorer la vie, la beauté, la vibration. Le corps n’a pas deux visages — malade ou sain. Il est un, comme la chair est une. Et lorsque vous aimez un corps blessé, c’est déjà le corps rayonnant que vous touchez en lui. Mais si vous laissez votre être aller plus loin, jusqu’à la rencontre du corps joyeux, alors le soin devient bénédiction, et votre geste devient fête.
Je suis de ceux qui se tiennent de ce côté-là : du côté du corps vivant, du corps qui rit, du corps qui désire. Je m’adresse à vous, infirmières du sensible, non pour vous séduire, mais pour vous rappeler : vous aimez les corps, et les corps vous aiment. Ne refusez pas cette vérité simple et splendide : elle est votre force, votre beauté, votre accomplissement.
#jovialisme

