Si l’amour est dans ma famille, dans mon couple, dans ma patrie, dans le monde, dans l’univers, c’est parce que, en toute logique, il est d’abord en moi.
C’est lorsque j’en suis plein qu’il peut déborder sur le tout.
Il y a une chose que la tradition judéo-chrétienne nous a apprise et qui persiste : l’oubli de soi.
L’amour y est compris comme le fait de donner, de ne jamais prendre.
Or, pour moi, il y a là un déséquilibre, voire même une erreur logique.
L’amour, pour moi, est un rappel de soi.
L’amour, c’est miser sur soi, être le gros lot.
Il ne s’agit pas de « moi, moi, moi », d’un ego dilaté, d’une simple suffisance.
Non.
Quand je parle d’amour, je vois ma personne éclatée par une belle puissance.
Une belle puissance que je me donne.
Se rappeler à soi — le rappel de soi — est le premier mouvement logique de l’amour.
Il vient du cœur.
Il vient de mon centre.
Il vient d’un centre de gravité.
Je comprends la parole de Jésus qui m’invite à aimer mon prochain.
Mais je la comprends de la manière suivante :
le prochain n’est pas celui qui est proche, à côté de moi ;
le prochain est le suivant.
Qui est le premier, alors ?
Eh bien, c’est moi.
Moi comme point de départ.
Le second arrive logiquement,
pas chronologiquement.
Dans une relation immédiate, je pense à moi dans cette relation.
Mon amour grandit dans cette relation.
Si je dois m’éloigner, c’est par amour.
Si je dois m’approcher, c’est par amour.
Quand je dis « j’aime », je me pose alors cette question :
qui aime ?
À la question « qui aime ? », saint Augustin répond :
Pondus meum amor meus.
Ce qui aime, c’est mon poids en amour.
Ce n’est pas une petite bestiole vide.
Est-ce une petite créature ravagée, en manque ?
Ou est-ce un Christ flamboyant ?
Je suis le point de départ de ce vécu, de cette expérience.
Mais j’en suis aussi le point d’arrivée.
Car, avec un peu d’honnêteté,
quand on veut vivre en amour,
c’est bien aussi pour en recevoir.
Ainsi, l’amour est dans ma famille, dans mon couple, dans ma patrie, dans l’univers, dans le tout,
parce que je déborde.
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Sources
– Saint Augustin, Confessions, Livre XIII
– Évangile selon Matthieu 22, 39

